Aujourd’hui, c’est moi qui prends tout le contrôle du blog le temps d’un billet. Pour vous raconter, et puis pour donner des réponses, à ceux qui m’ont vu m’éloigner sans comprendre, et à ceux qui n’ont toujours pas compris.

tumblr_mzd7luywn41sgtxz3o1_400En janvier 2016, le 6 précisément, je me rends compte d’une chose. Je ne pourrais pas devenir orthophoniste. Mais derrière cette phrase qui sonne comme un couperet dans ma tête, c’est autre chose qui s’exprime aussi. Il faut savoir que j’ai fait pas mal d’études, et de reconversions d’études. Je ne dis pas que mes choix étaient mauvais, car j’ai fait des rencontres, je me suis enrichie culturellement et professionnellement aussi ; j’ai juste eu du mal à trouver ma voie.

Après être passée par une fac d’anglais, puis de communication, puis re d’anglais ( pour décrocher un bac + 1 qui m’est pour le coup pas très utile ) , j’ai finalement opté pour une prépa concours orthophonie. Et puis j’ai eu tumblr_o19r48zvng1sk1rjvo1_500mon concours, du premier coup, j’étais la première étonnée surtout quand j’ai vu mon classement 31e sur 1590 candidats inscrits, je crois que me rappellerais de ces valeurs toute ma vie. J’étais tellement heureuse que j’en ai pleuré.

Mais la première année se passe plutôt mal, je suis ailleurs à cause d’un mec qui ne m’estimait pas à ma juste valeur ( je fais des rimes pour dédramatiser ), et puis je le quitte et puis j’ai envie de m’amuser, de prendre du bon temps. Mais pas trop d’étudier en fait. Les partiels me le rappellent et le décès de ma grand-mère qui survient pendant aussi. Je me présente aux examens, mais je n’y suis pas. Pas du tout. Cette année est comme un train que je n’arrive pas à saisir, je perds pieds, je me perds, je suis bizarre et triste. La vérité c’est que je suis dans une bonne dépression, et qu’il va me falloir un super médecin pour que je m’en rende compte et que je me sorte la tête de l’eau. Il arrive en janvier, mais c’est trop tard et mes notes continuent de chuter, par manque de volonté et d’investissement, mais aussi à cause d’autre chose que je soupçonne depuis longtemps…  Par la suite, je redouble mon année, d’un commun accord avec l’équipe pédagogique et je suis contente d’avoir finalement tout lâché et bien craqué dans ce bureau du 4ème étage de la fac de médecine de Tours. Je passe aux rattrapages mais je me plante aux matières socles ( Psycho et SDL et ça vaut carrément un redoublement tant mes notes sont terribles ), je valide toutes les matières orales ou QCM mais aujourd’hui ça ne me sert pas à grand chose les cours d’audiométrie ou de génétique.

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J’étais donc en année bis en 2015/2016. Entre temps j’avais rencontré Anthony, alors ça allait déjà mieux dans ma tête et il m’ a fait changé d’air, il m’a un peu tourneboulé le coeur et j’ai eu l’impression de reprendre mon souffle. Il déménage dans ma ville d’études, il quitte son boulot, sa famille et on emménage ensemble. Je crois qu’il sent que j’ai besoin de lui. Il me soutient, et je le soutiens dans sa recherche de travail qui débouchera par la suite par une reprise de formation. Nous sommes en novembre et mes partiels approchent, mais les résultats tombent déjà en sciences du langage. Je suis encore plus nulle que l’an passé alors que je redouble. La prof me prend en rdv, me demande ce qu’il se passe. Alors je lui explique, je lui dis tout ce qui s’est passé l’an dernier, et je crois qu’elle a regretté la phrase « mais tu as pensé à faire autre chose ? » qui m’a fait fondre en larmes. On convient d’un rdv avec la directrice pour voir ce qu’on peut faire.

Et puis…et puis ce bilan neurologique qu’on me conseille. Et ces résultats, et ces mots que je ne veux pas entendre.  » C’est vrai que des études supérieures, ça va être compliqué »  » c’est pas vous qui avez un problème, vous ne correspondez juste pas au système« . J’ai un déficit de l’attention et une mémoire que la médecin qualifie déjà de pathologique pour mon âge. En terme d’écart type je suis à -2. J’ai une attention soutenue de 10 minutes. C’est moins qu’un enfant de 3ème. C’est peut-être pour ça que je n’arrive pas à me concentrer, pas à retenir les termes qui se ressemblent tellement et que je suis déstabilisée en amphi quand un stylo tombe. Mais ça, il n’y a que moi qui le ressent parce que ce n’est pas un handicap visible. La neuropsy me dit qu’il y a tout de même des aménagements, qu’il me faudrait un coussin à picots sous les fesses pour me remobiliser ( je trouve l’idée vraiment rigolote après coup, mais j’avais pas trop envie de rire à l’époque ) , un examinateur rien qu’à moi, une salle spéciale, sortir toutes les 45 minutes. Monter un dossier à la MDPH, réfléchir au statut d’étudiante handicapée ou de travailleur handicapé. Mais c’est trop, tout ça c’est déjà trop, j’ai déjà réussi un concours vraiment dur, je suis fatiguée. Je suis fatiguée qu’on s’agite autour de moi et fatiguée qu’on me dise que j’ai besoin de plus de temps que les autres peut-être. Je suis fatiguée.

Alors quand les résultats tombent ce 6 janvier 2016, qu’Anthony m’emmène au restaurant à volonté pour que je me noie dans les sushis, je sais que je ne pourrais plus dormir ou très mal. Il faut être réaliste, je vais devoir arrêter mes études. Je pense aux patients que je mettrais en danger, si je ne suis pas capable de passer un examen, je ne peux pas non plus faire un bilan. Il risquerait d’y avoir des pertes de données, et je mettrais le patient dans une mauvaise réeducation ou bien je négligerais des facteurs importants. Et j’admets aussi être fatiguée d’étudier. En cumulant mes années après le bac, j’en étais à bac +5, sans toujours pas avoir de diplôme quelconque. Je me réengageais pour 5 ans, et la fatigue et le stress me faisaient perdre mes cheveux avant les partiels sans oublier des troubles du comportement alimentaire que je vous épargne. Alors j’ai préféré penser à moi. 

13722266_638395402991353_1205596894_nAprès m’être relevée d’une semaine épouvantable où j’étais un vrai zombie et où ma mère prenait de mes nouvelles au téléphone avec Anthony, j’ai décidé de mettre fin à mes études supérieures en école d’orthophonie. Pour moi, pour les patients que je n’aurais pas et parce que je me disais que quelque chose d’autre allait m’attendre sans doute. Mes profs ont compris, certains m’ont même envoyé des messages adorables et ils étaient admiratifs de mon choix, que j’étais très courageuse.

Je profite donc de mon année pour bloguer, rencontrer du monde, m’épanouir, profiter, rigoler et faire toutes les choses qui me plaisent. Je fais de l’aide aux devoirs histoire d’avoir une routine et de gagner un peu d’argent. J’en profite aussi pour faire une conférence, j’ai été speaker pour la tedxorléans et ce fut une expérience dingue, pour ce qu’elle m’a apporté et au regard de ma transformation finale. Je fais une conférence en développement personnel sur ce que c’est qu’être héros. Héros des autres, héros sans qu’on s’en rende compte, héros de tous les jours. Je me rends compte que faire du bien aux autres, c’est aussi me faire du bien.

Aujourd’hui, j’ai trouvé un emploi à la mairie d’Orléans, où je suis adjointe territoriale d’animation. J’aide les enfants à l’aide aux devoirs, j’anime des TAP où je mets en pratique mes compétences artistiques, et je remplace des ATSEM sur le temps de midi.  Il n’y a pas d’orthophonie, pas de rééducation, il y a juste le plaisir de faire découvrir . Ça me plaît et je suis moins stressée, et j’ai été ravie d’entendre Anthony dire « C’est bien si tu t’occupes d’enfants, tu sauras super bien t’occuper des nôtres ». Cette année de césure m’a été imposé. Par la vie, par le destin, par ce que vous voulez et ce en quoi vous croyez. Je crois que j’ai vaincu cette année de césure, et que j’en ressors la tête haute et l’âme grandie.